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Temps de passage en trail : calculer ses allures segment par segment

Un tableau de marche liste l'heure à laquelle passer à chaque point de ta course. On le construit en 3 temps : découper le parcours en segments, estimer une allure ajustée au dénivelé, cumuler les temps de passage. Méthode complète, exemple chiffré, marges et barrières horaires.

· 9 min de lecture
Temps de passage en trail : calculer ses allures segment par segment

Temps de passage en trail : calculer ses allures segment par segment

Connaître ses temps de passage, c'est savoir l'heure à laquelle tu dois passer à chaque point de ta course. En trail, ça se construit en trois temps : découper le parcours en segments, estimer une allure réaliste ajustée au dénivelé pour chacun, puis cumuler les durées pour obtenir tes temps de passage aux points clés. Bien fait, ce plan t'évite de partir trop vite, t'aide à anticiper les barrières horaires et transforme ta course en exécution plutôt qu'en improvisation. Voici la méthode complète, avec un exemple chiffré.

À quoi sert un tableau des temps de passage ?

Un tableau des temps de passage (aussi appelé tableau de marche ou pace chart) est la traduction chiffrée de ta stratégie de course : une ligne par segment, avec distance, dénivelé, allure cible, durée et heure de passage estimée. À ne pas confondre avec le roadbook, la version condensée que tu emportes en course.

Il sert à trois choses :

  • gérer ton allure : un repère objectif pour ne pas s'emballer au départ ;
  • anticiper les barrières horaires : savoir si tu passes les points de coupure avec de la marge ;
  • piloter ton crew : ton équipe sait à quelle heure t'attendre aux bases de vie.

Ce plan s'inscrit dans une démarche plus large — la stratégie de course trail et la feuille de route complète — dont les temps de passage sont la pièce chiffrée centrale.

Étape 1 — Découper le parcours en segments

Récupère le fichier GPX (organisateur, Strava, OpenRunner) et découpe le tracé en segments cohérents : une montée, une descente technique, un faux-plat roulant. Pour chacun, note la distance, le D+/D-, la pente moyenne et le type de terrain. Une allure unique sur tout un trail n'a aucun sens : 8 min/km en montée raide et 8 min/km sur le plat, ce sont deux mondes. Le segment est la bonne unité de calcul.

Étape 2 — Estimer ton allure par segment

C'est l'étape qui demande le plus de soin. Le dénivelé coûte du temps : une règle pratique consiste à ajouter environ 1 min/km par tranche de 100 m de D+ sur 10 km. Pour fiabiliser, convertis chaque segment en distance équivalente plat avec le calculateur d'équivalence plat / dénivelé — une portion de 15 km / 800 m D+ pèse près de 23 km plat.

Ancre tes allures sur du concret : une sortie récente sur terrain comparable, un trail passé, ton allure d'endurance. Si tu pars d'allures plates, le calculateur d'allure t'aide à les convertir avant d'appliquer la majoration de dénivelé. Et n'oublie pas les descentes : roulantes elles font gagner du temps, techniques elles peuvent être aussi lentes qu'une montée. Pour comprendre l'impact du D+, vois dénivelé positif en trail.

Exemple de calcul. Prends une montée de 6 km avec 700 m de D+, soit environ 117 m de D+ par kilomètre. Avec la règle d'à peu près 1 min/km par tranche de 100 m de D+ sur 10 km, ce segment se rapproche d'une allure de 11 à 12 min/km — à comparer à tes 6-7 min/km sur le plat. Ce simple calcul t'évite l'erreur classique : prévoir une montée à une allure tout simplement intenable.

Étape 3 — Cumuler les temps de passage

Additionne les durées de chaque segment depuis l'heure de départ pour obtenir l'heure de passage à chaque point clé. Pense à intégrer les arrêts aux ravitaillements (1 à 5 min chacun, davantage aux bases de vie) : ils s'accumulent vite et faussent un plan qui les ignore. Note aussi ton heure de départ réelle : certains ultras partent en décalé ou par vagues, et tout ton calcul en dépend.

Exemple complet : les temps de passage d'un trail 42 km

Pour un départ à 7h00, sur un 42 km / 2200 m D+ :

SegmentDist.D+AllureDuréeCumulPassage
Départ → Ravito 19 km350 m7:30/km1:071:078h07
Ravito 1 → Col7 km700 m12:00/km1:242:36 (+5 min ravito)9h36
Col → Ravito 28 km150 m6:45/km0:543:3010h30
Ravito 2 → Crête9 km650 m10:30/km1:345:09 (+5 min)12h09
Crête → Arrivée9 km350 m8:00/km1:126:2113h21

Temps estimé : ≈ 6h21, arrivée vers 13h20. Chaque point de coupure devient vérifiable d'un coup d'œil.

Prévoir des marges : objectif, sécurité, barrières horaires

Ne te cale jamais sur un seul scénario. Prévois-en deux ou trois :

  • objectif : ton allure visée si tout va bien ;
  • réaliste/prudent : 5 à 15 % plus lent, le scénario sur lequel caler tes décisions ;
  • vérifie systématiquement les barrières horaires officielles : tu dois passer chaque point de coupure avec de la marge dans le scénario prudent, pas dans le scénario optimiste.

Se caler sur le scénario optimiste est l'erreur n°1 : la moindre difficulté et tu te retrouves en course contre la montre.

Ajuster tes temps de passage en course

Rien n'est figé. Le jour J, compare régulièrement ton heure réelle à l'heure prévue à chaque point clé :

  • En avance ? Ne dépense pas ce capital : garde-le pour la fin, c'est ta marge de sécurité.
  • En retard ? Vérifie l'écart avec les barrières horaires avant de t'alarmer ; un léger retard sur le scénario optimiste reste souvent dans le scénario prudent.
  • Très en retard ? Repère les segments roulants où regagner du temps et raccourcis tes arrêts aux ravitos.

Tes temps de passage deviennent alors un tableau de bord : ils transforment une sensation diffuse (« je suis à la rue ») en décision claire et chiffrée.

Papier ou montre GPS ?

  • Papier / étiquette plastifiée sur la sangle du sac : increvable, lisible au soleil, zéro batterie — idéal sur ultra.
  • Montre GPS avec champs de temps de passage programmés : pratique pour l'allure instantanée, mais dépend de l'autonomie.

Le combo gagnant : la montre pour le temps réel, le papier pour la vue d'ensemble.

Les erreurs qui faussent tes temps de passage

  • Raisonner en allure plate : fausse tous les calculs. Ajuste toujours au D+.
  • Oublier les arrêts ravitos : 5 min × 6 ravitos = 30 min d'écart.
  • Trop d'optimisme : tes allures doivent être tenues à l'entraînement, pas espérées.
  • Ignorer la fatigue de fin : prévois des allures plus lentes sur les derniers segments.

Génère tes temps de passage automatiquement

Construire tout ça à la main est formateur mais long. Borner le fait depuis ton GPX : segments, allures ajustées au dénivelé, temps de passage et plan nutrition, réunis dans une feuille de route claire et ajustable, prête le jour J.

Construire ma stratégie de course →

Des temps de passage bien calculés transforment l'inconnu d'une course en un plan que tu n'as plus qu'à exécuter. Pour les intégrer à une stratégie complète (nutrition, ravitos, mental), pars de la feuille de route stratégie de course.

Questions fréquentes

C'est quoi un tableau des temps de passage en trail ?

C'est le document qui liste, pour chaque portion de ta course, l'heure estimée à laquelle tu dois y passer : une ligne par segment avec distance, dénivelé, allure cible, durée et heure de passage. Il sert à gérer ton allure (ne pas s'emballer au départ), à anticiper les barrières horaires et à informer ton équipe d'assistance. On l'appelle aussi tableau de marche ou pace chart. Sa version condensée et emportée en course s'appelle le roadbook.

Comment calculer ses temps de passage ?

En trois temps : (1) découpe le parcours en segments à partir du GPX (montées, descentes, plats) avec distance et D+ ; (2) estime une allure réaliste par segment en majorant pour le dénivelé — environ 1 min/km par tranche de 100 m de D+ sur 10 km, ou convertis en distance équivalente plat ; (3) cumule les durées depuis ton heure de départ, sans oublier d'ajouter les arrêts aux ravitaillements. Tu obtiens l'heure de passage à chaque point clé.

Quelle marge prévoir pour ses temps de passage ?

Prévois au moins deux scénarios : un scénario objectif (ton allure visée si tout va bien) et un scénario prudent 5 à 15 % plus lent, sur lequel tu cales réellement tes décisions. L'erreur classique est de bâtir sa course sur le scénario optimiste : à la moindre difficulté, on se retrouve en course contre la montre. Prévois aussi des allures plus lentes sur les derniers segments pour tenir compte de la fatigue de fin de course.

Comment gérer les barrières horaires avec ses temps de passage ?

Reporte les barrières horaires officielles (heures de coupure à chaque point de contrôle) à côté de tes temps de passage, puis vérifie que tu les passes avec de la marge dans ton scénario prudent — pas seulement dans le scénario optimiste. Si une barrière est serrée, tu sais à l'avance quels segments accélérer et où ne pas traîner aux ravitos. C'est tout l'intérêt : transformer une barrière subie en contrainte anticipée.

Temps de passage : sur papier ou sur la montre ?

Les deux ont leur usage. Le papier (étiquette plastifiée sur la sangle du sac) est increvable, lisible en plein soleil et ne dépend d'aucune batterie — idéal sur ultra long. La montre GPS, avec des champs de temps de passage programmés, donne l'allure instantanée mais dépend de l'autonomie. Beaucoup de traileurs combinent : la montre pour le temps réel, le papier pour la vue d'ensemble et les points clés.

Faut-il compter les arrêts aux ravitaillements ?

Absolument. Un arrêt de 5 minutes répété sur 6 ravitaillements représente 30 minutes — de quoi fausser complètement un calcul qui les ignore et te faire rater une barrière horaire que tu pensais large. Intègre une durée d'arrêt réaliste pour chaque ravitaillement (1 à 5 min, davantage aux bases de vie où tu changes de matériel ou manges assis) directement dans le cumul des temps de passage.