Veuillez tourner votre appareil

L'application Borner est optimisée pour le mode portrait.

Régime cétogène et ultra : ce que montrent vraiment les études

L'oxydation des graisses double, c'est établi et ce n'est pas contesté. Le problème est ailleurs : le coût en oxygène augmente, et la capacité à aller vite ne revient pas, même après une recharge.

· 10 min de lecture
Régime cétogène et ultra : ce que montrent vraiment les études

Régime cétogène et ultra : ce que montrent vraiment les études

C'est l'un des rares sujets de nutrition sportive où les deux camps ont raison sur des choses différentes — et où la confusion vient de ce qu'ils ne parlent pas de la même chose.

Les partisans du cétogène disent que l'adaptation aux graisses est spectaculaire. C'est vrai, et ce n'est pas contesté. Les détracteurs disent que la performance s'effondre. C'est vrai aussi, mais à une intensité précise. Tout le dossier tient dans ce « à quelle intensité ».

Cet article est informatif et ne remplace pas un avis médical ou diététique. Un changement de régime important se discute avec un professionnel de santé.

Ce que le régime fait, et il le fait vraiment

Commençons par ce qui n'est pas discutable, parce que c'est souvent présenté comme un point de débat alors que non.

Chez des athlètes de niveau mondial, l'adaptation à un régime cétogène pauvre en glucides et riche en lipides plus que double l'oxydation des graisses à l'effort, avec des pics mesurés autour de 1,5 g par minute. Mieux : l'intensité à laquelle cette oxydation culmine se décale, passant d'environ 45 % à environ 70 % de la capacité aérobie maximale.

Et l'adaptation est rapide. Cinq à six jours suffisent à reproduire ce qu'on observe après trois semaines, voire après plus d'un an de pratique. Le muscle se reconfigure vite.

Pour un traileur, cette description sonne comme une promesse : moins dépendant des ravitaillements, moins exposé à la fringale, capable de puiser dans un stock quasi illimité. Le mur et la fringale ne seraient plus un sujet.

Sauf que la facture se présente ailleurs.

Ce que ça coûte : l'économie de course

Brûler des graisses demande plus d'oxygène que brûler des glucides pour produire la même énergie. Tant que l'oxygène ne manque pas, ce n'est pas un problème. Dès qu'il devient le facteur limitant, c'en est un.

L'étude de référence a été menée sur des marcheurs athlétiques de niveau mondial, répartis en trois groupes isocaloriques pendant trois semaines d'entraînement intensifié : apport élevé en glucides, apport identique mais périodisé, et cétogène. Les résultats méritent d'être lus dans l'ordre.

La capacité aérobie maximale a progressé dans les trois groupes. Le cétogène n'a donc rien cassé de ce côté-là — et c'est précisément ce qui rend le résultat suivant intéressant. Le coût en oxygène a augmenté chez les cétogènes. Aux vitesses correspondant à une vraie allure de course, les deux groupes riches en glucides ont vu leur consommation d'oxygène baisser, alors que le groupe cétogène est resté à son niveau initial — malgré une capacité maximale désormais plus élevée. Et la performance a suivi le coût, pas la capacité. Sur 10 km, les groupes riches en glucides et périodisé ont amélioré leur temps de 6,6 % et 5,3 %. Le groupe cétogène : aucune amélioration.

Un essai ultérieur a quantifié directement le surcoût après seulement cinq à six jours d'adaptation : +5 à +8 % de consommation d'oxygène aux vitesses correspondant aux épreuves de 20 et 50 km. Six athlètes sur sept étaient plus lents.

Le piège du « je rechargerai avant la course »

C'est l'argument de repli le plus répandu : s'adapter aux graisses à l'entraînement, puis recharger en glucides avant la course pour obtenir le meilleur des deux mondes.

Il a été testé frontalement. Après adaptation, les athlètes ont reçu vingt-quatre heures de régime riche en glucides plus une prise avant le départ, protocole identique à leur course de référence.

Le résultat est sans appel : l'utilisation des substrats n'est pas revenue à la normale. À l'échauffement, l'oxydation des glucides n'atteignait que 61 % et 78 % des valeurs initiales aux intensités de course, et l'oxydation des graisses restait élevée. La performance de haute intensité n'a pas été restaurée.

L'explication avancée est la plus gênante pour la thèse cétogène : l'adaptation bride la capacité du muscle à utiliser son propre glycogène pour produire de l'énergie. Ce n'est pas qu'il manque de carburant, c'est qu'il ne sait plus s'en servir aussi bien — et il s'agit précisément de la source la plus économique en oxygène quand celui-ci devient limitant.

Bonne nouvelle en miroir : le retour en arrière est rapide aussi. Cinq à six jours de régime riche en glucides ramènent l'utilisation des substrats aux valeurs de départ.

Et pour un ultra, alors ?

C'est la seule question réellement ouverte, et elle mérite d'être posée franchement plutôt que tranchée d'autorité dans un sens ou dans l'autre.

L'objection méthodologique est solide : toutes les données ci-dessus viennent d'efforts intenses — 10 km de marche athlétique, allures de 20 et 50 km soutenues. Un ultra de montagne se court très en dessous, souvent entre 55 et 70 % de la capacité maximale, c'est-à-dire exactement dans la zone où le décalage de l'oxydation des graisses est le plus favorable. Sur le papier, le cétogène devrait y être le moins pénalisé. Mais trois arguments pèsent dans l'autre sens, et ils sont concrets pour un traileur. Un ultra n'est pas un effort à intensité constante. Les moments qui décident une course sont les plus intenses : une montée raide qui dure quarante minutes, une relance pour ne pas lâcher un groupe, la dernière heure, le sprint contre une barrière horaire. Ce sont exactement ceux que l'adaptation dégrade. Gérer les barrières horaires devient plus difficile quand la cartouche rapide n'est plus disponible. La réponse individuelle est très variable, avec des extrêmes aux deux bouts du spectre de performance. Autrement dit : certains répondent bien, certains très mal, et rien ne permet de savoir à l'avance dans quel groupe on est. Le gain visé est souvent déjà accessible autrement. Si l'objectif est d'améliorer la flexibilité métabolique sans payer le coût de l'adaptation complète, les sorties longues faciles à jeun ou peu alimentées font une partie du travail — voir courir à jeun.

La chercheuse à l'origine de ces travaux résume elle-même la décision comme un audit : mettre en balance le risque de dégrader la performance aux intensités élevées et la probabilité d'un épuisement inévitable des réserves glucidiques. Pour un ultra lent et très long, l'équation peut pencher. Pour un trail de 3 à 6 heures couru en compétition, elle penche clairement dans l'autre sens.

Si tu veux quand même essayer

Quatre règles, dans l'ordre.

1. Jamais pendant une préparation. L'adaptation prend cinq à six jours, la désadaptation autant, et entre les deux ton entraînement de qualité est dégradé. L'intersaison est le seul créneau raisonnable : voir la coupure de fin de saison.

2. Teste, ne crois pas. La variabilité individuelle est telle que seule ta propre réponse compte. Garde un repère objectif avant/après — une côte de référence chronométrée à sensation égale, par exemple.

3. Surveille ce qui se vide. Un régime très restrictif expose à des apports insuffisants en fibres, en certains micronutriments et parfois en énergie totale. Voir carence en fer et vitamine D.

4. Ne confonds pas « moins de sucre » et « cétogène ». Réduire les produits ultra-transformés, c'est une bonne idée pour à peu près tout le monde. Descendre sous 50 g de glucides par jour est un protocole métabolique, pas une hygiène de vie.

Ce qui marche mieux pour la plupart des traileurs

Si le vrai problème est de ne plus rien digérer après huit heures, la réponse n'est pas de supprimer les glucides mais d'entraîner l'intestin à les accepter. La tolérance se travaille, et les cibles horaires s'atteignent progressivement : voir les gels énergétiques, les alternatives solides et les troubles digestifs en trail.

C'est plus lent, moins spectaculaire, et ça agit sur la cause.

En résumé

L'adaptation aux graisses est réelle, rapide et non contestée : l'oxydation des lipides double jusqu'à environ 1,5 g/min en cinq à six jours, et son pic se décale de 45 % à 70 % de la capacité maximale. Le problème est le coût en oxygène, qui monte de 5 à 8 % aux allures de course : chez des athlètes de niveau mondial, les groupes riches en glucides ont gagné 6,6 % et 5,3 % sur 10 km quand le groupe cétogène n'a rien gagné, malgré une capacité aérobie en hausse dans les trois groupes. Et recharger avant la course ne rattrape pas : l'oxydation des glucides ne remonte qu'à 61-78 % des valeurs initiales, six athlètes sur sept étant plus lents. Pour un ultra très lent, la question reste ouverte — mais ce sont les moments intenses qui décident une course, et ce sont eux que l'adaptation dégrade. Si tu veux tester, fais-le en intersaison, jamais en préparation, et mesure ta propre réponse. Pour la plupart des traileurs, entraîner l'intestin vaut mieux que contourner le problème. Pour un plan qui place nutrition et charge au bon endroit, construis ton plan trail personnalisé ou regarde l'accompagnement nutrition.

Sources

D'après les articles indexés sur PubMed :

  • Burke et al., « Low carbohydrate, high fat diet impairs exercise economy and negates the performance benefit from intensified training in elite race walkers », The Journal of Physiology, 2017 — 10.1113/JP273230 : capacité aérobie en hausse dans les trois groupes, coût en oxygène maintenu chez les cétogènes alors qu'il baissait ailleurs, amélioration de 6,6 % et 5,3 % sur 10 km pour les groupes glucidiques contre aucune pour le groupe cétogène.
  • Burke, « Ketogenic low-CHO, high-fat diet: the future of elite endurance sport? », The Journal of Physiology, 2020 — 10.1113/JP278928 : oxydation des graisses jusqu'à environ 1,5 g/min, décalage du pic de 45 % à 70 % de la capacité maximale, altération de l'utilisation du glycogène au-delà de 80 %, forte variabilité individuelle.
  • Burke et al., « Adaptation to a low carbohydrate high fat diet is rapid but impairs endurance exercise metabolism and performance despite enhanced glycogen availability », The Journal of Physiology, 2020 — 10.1113/JP280221 : adaptation en cinq à six jours, coût en oxygène +5 à +8 %, restauration glucidique de 24 h insuffisante, oxydation des glucides à 61 % et 78 % des valeurs initiales, six athlètes sur sept plus lents.

Vérifications effectuées en octobre 2026. Un point a été écarté : l'extrapolation de ces résultats aux ultras de montagne de plus de dix heures, pour lesquels aucun essai contrôlé équivalent n'a été trouvé — les arguments donnés ici sur l'ultra relèvent du raisonnement à partir des mécanismes, pas d'une démonstration.

Questions fréquentes

L'adaptation aux graisses fonctionne-t-elle vraiment ?

Oui, et ce n'est pas discuté. Chez des athlètes de haut niveau, un régime cétogène pauvre en glucides fait plus que doubler l'oxydation des lipides à l'effort, jusqu'à des pics de l'ordre de 1,5 g par minute, et l'intensité à laquelle cette oxydation culmine passe d'environ 45 % à environ 70 % de la capacité aérobie maximale. L'adaptation est aussi rapide : cinq à six jours suffisent à reproduire ce qu'on observe après trois semaines ou plus d'un an.

Alors pourquoi ce régime ne gagne-t-il pas de courses ?

Parce que brûler des graisses coûte plus d'oxygène que brûler des glucides pour la même puissance. Chez des marcheurs athlétiques de niveau mondial, l'adaptation a augmenté le coût en oxygène de 5 à 8 % aux allures correspondant aux épreuves. Résultat sur la performance : les groupes riches en glucides ont amélioré leur chrono de 6,6 % et 5,3 %, le groupe cétogène de rien du tout, malgré une capacité aérobie maximale en hausse dans les trois groupes.

Peut-on recharger en glucides juste avant la course pour avoir le meilleur des deux ?

C'est l'idée séduisante, et elle a été testée directement. Après adaptation cétogène, vingt-quatre heures de régime riche en glucides plus une prise avant le départ n'ont pas restauré l'utilisation des substrats ni la performance : l'oxydation des glucides ne remontait qu'à 61 % et 78 % des valeurs initiales aux intensités de course. Six athlètes sur sept étaient plus lents. L'adaptation semble brider la capacité du muscle à utiliser son propre glycogène.

Et pour un ultra couru à faible intensité, l'argument tient-il mieux ?

C'est la seule question ouverte du dossier, et il faut être honnête : les études citées portent sur des efforts intenses, pas sur vingt heures de montagne. Un ultra se court très en dessous du seuil, exactement là où le décalage de l'oxydation des graisses est le plus intéressant. Mais ce sont les moments intenses qui décident une course — une montée raide, une relance, la dernière heure, une barrière horaire — et ce sont eux que l'adaptation dégrade.

Combien de temps faut-il pour revenir en arrière ?

Le même ordre de grandeur que l'adaptation : cinq à six jours de régime riche en glucides ramènent l'utilisation des substrats aux valeurs de départ. C'est une bonne nouvelle pour qui veut tester hors saison, et un argument de plus pour ne jamais tenter l'expérience pendant une préparation.

Que faire à la place si je digère mal les glucides en course ?

Entraîner l'intestin plutôt que de le contourner. La tolérance aux glucides pendant l'effort se travaille, séance après séance, exactement comme le reste. C'est une démarche plus lente qu'un changement de régime, mais elle agit sur le vrai problème sans payer le coût métabolique de l'adaptation aux graisses.